Le Clos des Epeneaux

03 juillet 2017

Photos: Benoit Guenot

Text: Grappegame

2016…puis 2017 avec Raphaelle, Dominique, Pauline, Joe, Paul, Julie, Gaspard, Mia…

Pommard. Le calme habituel de la Place de l’Eglise est rompu par des travaux assourdissants. Deux retraités randonneurs parcourant la Route des Grands Crus semblent tout de même s’émerveiller du charme pittoresque des maisons alentour. J’aperçois Paul. Paul Zinetti. Je ne peux m’empêcher de prononcer son nom avec un accent tonique, comme si j’étais dans le maquis. Je suis un brin nostalgique. Cette visite marque la fin d’un voyage de près de deux ans durant lequel j’ai suivi la vie intime du Domaine Comte Armand dont il a la charge depuis 2014. On se check. On se chambre. On prend des nouvelles de nos familles. Mais très rapidement nous nous dirigeons vers la cave pour passer aux choses considérées comme sérieuses par les épicuriens que nous sommes. Il est 16H00. Les différentes cuvées somnolent au son de Pharell. Paul nous fait goûter le dernier millésime : les jeunes vignes dans ce qui s’apparente à un flacon de parfum, les vieilles directement à la cuve. Ça pinote !
Mes précédentes visites ont toutes été marquées par des pluies diluviennes. Alors que j’observais les femmes et les hommes qui composent le domaine labourer, couper, porter, brûler, s’aider sans jamais céder, j’avais été frappé par la légèreté qui se dégageait de leur corps malgré la dureté évidente du labeur. Paul est celui qui caractérise le mieux cette antinomie supposée. Ses mains, rugueuses, anoblies par la terre qu’il travaille, tranchent vivement avec cette lueur dans l’œil, notamment lorsqu’il parle de son père, instructeur d’équitation.
Nous prenons la route du Pas Saint-Martin. La légende dit que ce cavalier, poursuivi par ses ennemis, aurait sauté la cinquantaine de mètres qui sépare les deux versants. Je suggère alors que le vin local n’est pas étranger à la transmission orale de ce mythe. Le spot, sublime, à flanc de colline, nous offre une vue dégagée folle. J’ai décidé de titiller mon hôte avec une quille de Gabrio Bini, vigneron fantasque qui opère sur l’île de Pantelleria, rattachée à la Sicile mais en réalité plus proche de la Tunisie. Je sens immédiatement que ce Fanino – 2012, littéralement plus vrai que nature, lui ouvre une perspective qui bouscule ses repères.

. ” J’aime bien les vins naturels”, se sent il obligé de préciser,” mais sur les Blancs, j’ai du mal… ”

Alors on bascule sur les pépites du Clos des Epeneaux. 1995 est fermé, comme contrarié. 1998 s’exprime pleinement, complexe mais néanmoins à notre portée, des vignes centenaires à leur apogée.
Les derniers rayons de soleil disparaissent sans prévenir, dissimulés derrière une série de cumulus. Juste le temps pour nous de rebrousser chemin tandis que Céline susurre à travers mon Jawbone qu’ “on ne change pas “. Paul, attendri, confesse avoir « pris une claque devant Mommy ! ». Nous passons devant le Clos des Epeneaux. Il ralentit et parle fièrement de ses vignes. 19H30. Il nous propose de le suivre pour dîner à la Maison du Colombier. Tapas et grosse quille. Toast au boudin noir et Silex de Didier Dagueneau, en 2009. Glorieux. Nos plats arrivent accompagnés de la Cuvée Marie Beurrier d’Henry Bonneau, en 2005. Somptueux. Paul évoque l’impact de la byodinamie dans son travail et l’importance du vieillissement en bouteille, ce temps long nécessaire à la parfaite expression du Pinot Noir. « Ce qui me casse les couilles, précise-t-il, ce sont les gens qui boivent le vin trop tôt ». 22H30. De la théorie à la pratique : direction un anniversaire en mode karaoké où nous chantons celle que nous écoutions. « J’irais où tu iras, qu’importe la place, qu’importe l’endroit » !
Je reprends la route à 06H00 le lendemain. Nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle. Je repense à ce que disait mon hôte au dîner. Vigneron en conscience, notamment écologique – « J’adore, le Printemps… l’Hiver… l’Automne… en fait, j’aime toutes les saisons ! » – Paul se place dans le monde en citoyen et non par le prisme de sa profession. Je réalise que c’est précisément cette ouverture, d’esprit et de cœur, qui m’a permis d’évoluer au milieu des vignes, sobrement et discrètement, tout au long du reportage.

Pommard. The usual calm that reigns over the Place de l’Eglise is broken by the deafening sound coming from a nearby building-site. Nevertheless two retired hikers walking the Route des Grands Crus gaze in wonder at the picturesque charm of the surrounding houses. 
 I spot Paul. Paul Zinetti. I can’t help but pronounce his name with an accent on the ‘Net’ part, as though I were in the Corsican Maquis. 
I’m feeling rather nostalgic. This visit marks the end of a trip that’s lasted almost two years, and during which I was a witness to the inner life of the Domaine Comte Armand, of which Paul has been in charge since 2014. 
We slap some fives, josh around, ask about each other’s family. But very quickly we get down to what we Epicurians consider serious business and it’s off to the cellars. 
It’s 4 in the afternoon. The different wines are snoozing to the sound of Pharell. Paul pour us a drop of the latest vintages ; the younger vines we sip from what looks like a perfume bottle, the older vines straight from the barrel. We’re all about the Pinot!
My previous visits have all been punctuated by downpours of rain. 
As I was observing the Women and Men who make up the Domain labouring, chopping, heaving, burning, helping each other without ever giving up, I had been struck by the lightness which emanated from their bodies despite the evidently arduous nature of their work. Paul is the one who best characterizes the apparent paradox. His rough hands, ennobled by the soil he toils, cut a sharp contrast with the glint he has in his eye, especially when he talks of his father, a horse-riding instructor.
We set off along the Pas Saint-Martin road. Legend has it that this horseman, chased by his enemies, jumped the fifty or so metres separating the two sides of the gulf (the ‘Pas’.) I put forth the idea that maybe the local wine has something to do with the fantastical aspect of this myth. 
This sublime location, which hugs the hills, offers a clear view of the Valley of …
I’ve decided to tease my host with a flask of Gabrio Bini,a fantasic vine-grower who works on the island of Pantelleria, attached to Sicily but actually closer to Tunisia. I immedieately sense that this 2012 Fanino, larger than life, opens a perspective for Paul that he isn’t used to.
« I like natural wines , », he says, feeling he should justify himself, « but I can’t say I’m a fan of the white ones…”
So we switch to the gems of the Clos des Epeneaux. The taste of the 1995 is moody and distant, almost sulky.

The 1998 expresses itself to the fullest, it’s complex but nevertheless not unattainable. Hundred year old vines at the height of their glory.
The last rays of the sun disappear without warning, hidden behind a clump of cumulus clouds.
Just enough time for us to head back, while out of my Jawbone Céline murmurs “On ne change pas” (we never change).
Paul, softened, admits that “the Mommy was a real wake-up call !”
We pass by the Clos des Epeneaux. He slows down and speaks proudly of his vines.

Half-seven. He suggests we have dinner with him at the Maison du Colombier. 
Tapas and massive bottles. Boudin on toast and Didier Daguneau’s 2009 Silex. Glorious. Our dishes arrive accompanied by Henry Bonneau’s 2005 Cuvée Marie Beurier. Sumptuous.
Paul mentions the impact of biodynamics on his work and the importance of ageing wines in the bottle, which is absolutely essential for the perfect expression of a Pinot Noir.
« What breaks my balls,” he insists, “are people who drink the wine too early.”
Half-ten. Time to put things into practice : we set off for a karaoke birthday party, where we sing the song we were listening to.  “J’irais où tu iras (Wherever you go, I’ll go), qu’importe la place, (whatever the place), qu’importe l’endroit, (wherever the place)!”
I hit the road again at six the following morning. The first round of the presidential elections is only a few days away.
A wine-grower with a conscience, especially an ecological one.
“I love Spring… Winter… Autumn… Actually, I love all of the seasons !”
Paul sees himself as a citizen of the world, and doesn’t only view things through the prism of his profession. I understand that it’s precisely thanks to this open-mindedness, and open-heartedness, that I was able to grow amongst the vines, soberly and discreetly, throughout the entire creation of this report.

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