Domaine Armand Rousseau

20 juillet 2017

Photos: Benoit Guenot

Text: Palmyre d'Anthenaïse

Gevrey, Montmartre et un 1er Novembre.

Chapitre ouvert en 2016 à Gevrey, c’est à Montmartre que je retrouve Cyrielle. Sur les hauteurs de Paris après l’avoir laissée en haut du Clos de Beze, début Septembre lors des vendanges du très beau Millésime 17. Les derniers rayons du soleil accompagnent notre apéro sauvage. Des marches, un sac à dos rempli de trésors et la douceur de ce mois d’Octobre. Le petit prince des Abbesses nous rejoint les bras chargés de cadeaux. J’ai emmené des gourmandises glanées de mes différents voyages et rencontres, comme cette terrine porc/agrume d’André Poli en Corse.
L’occasion était trop belle pour ne pas parler de ce qui chatouille le monde du vin en cette rentrée, l’émergence du vin nature aux yeux du grand public. J’ai donc emmené, pour rassurer notre invitée, un Saint Romain 15 de Cossard, et pour la titiller, une cuvée Métis du domaine de Labet, véritable pépite du jura. Un clos Saint Hunes 2011 vient s’ajouter et pour clasher tout ça, Cyrielle nous sort de son chapeau un as de pique, un fringuant Chambertin Clos de Beze 2004. Ça promet ! Les bouchons sautent, on commence avec le Clos Saint Hune, servi à bonne température sur les marches du 18 eme. Il ne se révèle pas dans sa meilleure forme; si le vin est bien vivant, il doit faire la sieste à ce moment là et on aurait mieux fait de le laisser roupiller. Avant d’oublier je partage le récit du film de Dupontel, Au revoir là Haut, sorti deux jours avant et dont l’esthétique m’a enchantée. L’Histoire, les gueules cassées, la Grande Guerre. Cyrielle partage alors la découverte de l’origine du nom du domaine Armand Rousseau: son arrière grand-père, le créateur du domaine, s’appelait Georges-Alexandre Rousseau :

J’ai découvert dans des livres sur la première guerre mondiale et la vie dans les tranchées, que les hommes se trouvaient des surnoms entre eux, des prénoms de guerre. Les moments extrêmement durs qu’ils traversaient les ont marqués à vie et le surnom qu’ils portaient à ce moment, ces souvenirs, étaient souvent gardés et officialisés. Ça a été le cas avec mon arrière grand-père. Ses camarades l’appelaient Armand, il a alors changé son état civil en Georges Alexandre dit Armand Rousseau

L’histoire nous saute à la figure et je m’imagine dans ces tranchées trinquant avec Armand et ses camarades. Retour à Montmartre, après un peu d’ouverture on attaque le vin nature. Cossard ! Cuvée Saint-Romain “sous roche” en 15. Ça goûte bien, c’est très fruit et plaisant immédiatement. La bouteille Métis du domaine Labet est servi également. L’absence de règles et de classification du vin nature en fait sa beauté mais aussi sa perversion. Chacun y va de son interprétation, un peu, beaucoup, pas du tout de soufre ? Pour Cyrielle, qui essaie de trouver sa propre méthode dans la conduite de la vigne, le vin nature a cela de bien qu’il emmène un public nouveau a découvrir le vin :

Les grands vins doivent être attendus très longtemps, 40, 50 ans pour pouvoir avoir une discussion avec eux. Tout le monde n’a pas des parents, des grands parents qui ont gardé du vin. Le vin nature se boit jeune, on boit des 15 là. C’est du glouglou. Si en conventionnel on peut rien vraiment boire avant 10 ans, la démarche nature est salvatrice. Celle-là est bonne, Cossard ça travaille bien mais souvent dans le vin nature on cherche à démocratiser les défauts, à en faire quelque chose. J’entends sur une quille la personne qui s’extasie, mais non là t’es en oxydation totale, c’est irrécupérable. Ça reste des défauts

Le domaine a une seule parcelle en Biodynamie où ils testent la méthode. Eric et Cyrielle ne se lanceront pas à l’aveugle dans cette pratique. Ils préfèrent observer et laisser passer les modes. En attendant -on va peut-être attendre longtemps – Cyrielle expérimente des méthodes on ne peu plus naturelles contre le mildiou par exemple, un fléau en 2016

J’ai utilisé du sel. J’ai dilué du gros sel et aspergé les feuilles. Ça marchait très bien. Faut juste par faire ça quand il fait beau sinon ça crible les feuilles

De la vigne à la ville il n’y a qu’un pas, le récit est interrompu par une voisine, habitante de l’immeuble devant lequel nous nous trouvons, et qui de son air dédaigneux et hautain, regarde une à une nos bouteilles pour s’assurer que nous nous saoulons bien à la villageoise “Un riesling, le vin de choucroute ! et ça c’est du gros rouge” qu’elle se rassure:  ” on vous laissera pas les fonds de bouteilles!” 

Le Chambertin Clos de beze est ouvert depuis un bon moment quand nous l’attaquons. 2004, petite année mais le vin nous parle déjà. Un long moment à observer le verre, le sentir et la discussion peut commencer:

C’est pour ça que j’ai du mal avec certaines déviances olfactives, moi c’est le nez qui parle, c’est ça l’émotion, c’est la première chose qui t’apporte des trucs, déjà le nez te donne tellement, tu te prends un tonne d’informations en pleine tronche, c’est tellement complexe. Je suis pas à décortiquer le vin mais c’est juste le ressenti; Le vin te répond, c’est quelqu’un d’ouvert, il te parle. Le millésime est une personne en lui-même, c’est une famille, chaque appellation un membre de la famille et il y a un esprit: l’année. On me demande comment sont les 16 par rapport aux 15, moi j’aime les 16, c’est ton meilleur pote le 16, il est toujours là, il te fait du bien, les 2016 tu les gouttes, ils sont là, c’est bien. Alors que les 15 t’étais plus sur un truc extraverti, le 15 il a besoin d’être vu, il t’en met plein la tronche, plein les papilles et limite c’est gênant. Il te parle pendant une heure t’as même pas réussi à en placer une.

Coup de téléphone rapide au restaurant pour décaler d’une heure, c’est bon signe, on passe un bon moment. La discussion reprend autour d’un rêve et d’une plaisanterie: ” Les Bonnes Mares, c’est un peu le rêve de mon père, C’est pour ça, à la fin de la dégust’ je fais la blague, après le Clos de Bèze je dis: bon on passe au Bonnes mares ? Et là il me regarde, il a un flash d’une micro seconde où il ne sait pas si c’est vrai ou non… c’est juste histoire de voir sa tête  ! Mon père aime les Bonnes Mares et on a tous cette petite envie de voir ce qu’on ferait avec telle ou telle appellation, avec sa patte. Un vin qu’on aime bien, savoir si nous on arriverait à le dompter ou pas, qu’est qu’il donnerait entre nos mains

Puis c’est la rencontre avec un fantôme, un Chambertin 1933 en magnum de Champagne ” Il  faut qu’il se réveille, il est tout fin, c’est quand même un vieux garçon qui maigri pas mal à la fin, faut le laisser se lever tranquillement, il met un peu de temps à descendre les escaliers, mais dès le moment où tu le rencontres, t’as plus les hallucinations sonores que tu peux avoir avec un vin plus jeune. Là quand tu papotes, c’est le plus direct que tu peux trouver en sensation de douceur, comme les vieilles mains des couturières, cette précision que tu ne vois pas mais qui est là. T’es carrément en mécanique quantique, t’as l’impression de voir les atomes, c’est tellement fin et tellement doux

La nuit est tombée depuis longtemps sur la capitale, les verres se vident et se remplissent de tout ce que la vigne peut produire de meilleur. Le Brillat-Savarin trouve sa place. C’est un moment rare que nous partageons et s’il est difficile de se sentir appartenir à la ville, Cyrielle nous rappelle qu’elle appartient à sa terre, aux vignes, à la Bourgogne, peu importe les voyages, les départs, les fuites, il y a toujours un retour. Premier chapitre clos d’un grand livre d’histoires, je mets enfin des légendes sur les photographies.

We’d opened the chapter when we met in Gevrey in 2016. Now Cyrielle and I meet again in Montmartre. From the top of the Clos de Beze at the beginning of September, where the exquisite Millésime 2017 was being harvested, to the Parisian heights. We bask in the last rays of the sun as we tuck into our shameless aperitif. The steps of Montmartre, a backpack filled with treasures and the mild October weather. The little prince of Abbesses joins us, arms piled high with gifts. I’ve brought delicacies gleaned here and there on my various travels, like this pork and citrus terrine given to me by André Poli in Corsica. What better time than this to discuss what’s new and who’s who in the world of wine, starting with the growing taste of the public at large for natural wines. So, to reassure our guest, I’ve brought a Saint Romain 15 de Cossard, and, to titillate her, a Métis from the Labet domain, a real jewel of the Jura mountains. A clos Saint Hunes 2011 joins the party and to stir things up a bit, Cyrielle pulls a juicy rabbit out of her magic hat : a dashing Chambertin Clos de Beze 2004.

What a treat ! Pop go the corks, and we’re off to a start with the Clos Saint Hune, served at ideal temperature on the steps of the 18th arrondissement. It doesn’t taste its best; if wine is indeed a living creature, then this one must have been taking a nap and we really shouldn’t have woken it. Before I forget, I share the story of Dupontel’s film, “Au revoir là Haut”, which came out two days before, and which I found enchanting. History, the Great War and its “Gueules Cassées” (broken mugs, NDT). This prompts Cyrielle to tell us about the origins of the name of the Armand Rousseau domain. Her great-grandfather, who built the domain, was called Georges-Alexandre Rousseau.

“I found out in books on the First World War and on life in the trenches that the men would give each other nicknames, war-names. The terrible events they lived through, and the nickname they had at the time they went through them, all these memories, were often kept and made official. That’s what happened with my great-grandfather. His friends called him Armand, so he got his name legally changed to “Georges- Alexandre known as Armand, Rousseau.”

I fall head first into History as I imagine myself in those trenches, clinking glasses with Armand and his friends. Back to present-day Montmartre, and after having aired it we get started on the natural wine. A bottle of Cossard! A cuvee Saint-Romain “sous roche”, 2015. It sits well on the palate, it’s very fruity and immediately pleasant. The absence of rules and classification in the world of natural wine is a wonderful, but perverse, thing. Everyone has their own interpretation; can you taste a little sulphur, a lot, or none at all? For Cyrielle, who’s been trying to establish her own method of dealing with vines, natural wines are a good thing insofar as they encourage a broader audience to take an interest in wine.

“You have to wait a very long time for great wines worth meeting to see the light, 40 or 50 years. Not everybody has parents, or grand-parents, who’ve kept wine in their cellar. Natural wines are meant to be drunk young, I mean what we’re drinking now is only from 2015. It’s water. If in conventional wine-making you can’t really drink anything before ten years, a natural way of doing things is a life-saver. This one is good, Cossard do good work, but often in natural wines you find that people try to democratize faults. Like, you’ll hear someone go crazy over a bottle, even though it’s clearly completely oxidised and unsalvageable. Those are still faults.”

The domain only has one parcel of land where they try out biodynamics. Eric and Cyrielle refuse to blindly follow this fashionable way of doing things. They prefer to see what happens, and let fads fade before jumping on the bandwagon. But while they wait – which might be forever – Cyrielle is busy experimenting with perfectly natural ways of dealing with mildew for example, a curse in 2016.

“I used salt. I diluted some rock sat and sprayed it on the leaves. It worked fine. You just have to make sure you don’t do it when the sun’s out otherwise it makes holes in the leaves.”

We’re dragged back from vines to hard concrete when Cyrielle is interrupted by a woman who lives in the building behind us, standing there and staring haughtily at us then at each of our bottles, as though to make sure that we are indeed getting drunk on cheap village swill. ‘Riesling?! Sauerkraut wine! And what an unrefined red! She needn’t worry: “We won’t save you any then!”

The Chambertin Clos de Bèze has been open for a while before we start on it. 2004, not an exceptional year, but this wine is speaking volumes already. We take our time observing the glass, taking in the smells, and then we start discussing:

 “That’s why I have trouble with certain olfactive deviancies, it’s the nose that I relate to, that’s where you feel the emotion, it’s the first to reveal things, a hell of a lot of things, you get a ton of complex information thrown straight at you. I’m not one for dissecting a good wine, I go by what I feel; the wine listens to you, answers you, talks to you. The vintage itself seems like a person in its own right, it’s a family, every name a member of the family, and the family’s got a spirit: the year. People often ask me how the 2016 is compared to the 2015, I like the 2016s, a 2016 is your best mate, it’s always there for you, it makes you feel good, you taste the 2016s and they’re just there, nice and simple. Whereas the 15 is much more brash, it needs to be the centre of attention, it wallops you in the face and taste-buds, it’s almost too much. It talks to you for hours and never lets you get a word in edgeways.”

Quick call to the restaurant to move the reservation back an hour ; it’s a good sign, it means we’re having a good time. The conversation veers towards a dream and a joke:

“The Bonnes Mares was more or less my father’s dream. That’s why, at the end of a tasting session, after the Clos de Bèze, I tease him by saying, ‘Right, shall we move on to the Bonnes Mares?’ And the look he gives me, that microsecond where he’s not sure whether I’m kidding or not… I do it just to see that look on his face! My father loves the Bonnes Mares, and we all have that secret desire to see what we would do if we owned this or that brand, what we’d make of it.”


Then we stumble onto a ghost, a Chambertin 1933 in a Champagne Magnum.

“It needs to wake up properly, it’s all fine and wispy, it’s an old boy that got thinner as he aged, you have to let him get up at his own quiet pace, it takes him a bit longer to get down the stairs, but when you get to meet him, you don’t get the auditory hallucinations you can get with a younger wine. When you chat with him, it’s the most direct of softnesses, like the old hands of seamstresses, that precision you can’t see but that’s most definitely there. It feels like quantum mechanics, you can almost see the atoms, it’s so refined and so soft.”

Back in Montmartre, night has long since fallen. Glasses are being emptied then filled with the best a vine can offer. The Brillat-Savarin finally finds its place in the proceedings.
It’s a rare moment we’re sharing, and if it’s difficult for us to feel as though we’re a part of the city, Cyrielle reminds us that she, however, belongs to her land, to her vines, to the Bourgogne; no matter how many times she’s left, travelled or fled, she always makes her way back. End of this first chapter of a big book of stories, and I finally get down to putting captions on the photographs.

Eric Rousseau
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